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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 17:51

« Contre mes pas obscurs se hissait l’épaule d’un dieu mort, j’arrivai au dernier port, l’ange qui se hâtait me quitta, et j’ai marché, légère, car marcher maintenant m’éclairait. » Nous marchons ici sur les pas de Béatrice Douvre vers ces contrées où la parole garde au coeur de chaque mot prononcé, la résonance d'une voix disparue derrière les ronces du poème. « Maintenant est plein de nuit / Du côté majestueux de l'herbage / Toi / Maintenant éclairée de noir / Convive / De l'impudeur des robes / Tant que tournait le cortège des lampes / Bougeant / Sous les yeux d'herbe de nuits / D'immenses barques de bronze. » Ainsi elle allait au-devant de la lumière, toujours plus loin plongeant du côté de l’obscurité jusqu’à ne plus retrouver sa route, ne plus pouvoir regagner la source fraîche de ses pas répandus en vaine course sur les pentes vives de la nuit. Elle qui n’est plus qu’une espérance perdue loin de tout paradis, son nom frémit sous l’aile à peine déployée du poème, d’un simple frisson d’air retenant au bord des lèvres « la peur immaculée de vivre ».


Yves Klein

L'outrepassante
À René Char

Habiter la halte brève
La rive avant la traversée
La distance fascinée qui saigne
Et la pierre verte à l'anse des ponts

Dans la nuit sans fin du splendide amour
Porter sur l'ombre et la détruire
Nos voix de lave soudain belliqueuses
L'amont tremblé de nos tenailles

Il y a loin au ruisseau
Un seuil gelé qui brille
Un nid de pierres sur les tables
Et le pain rouge du marteau

La terre
Après la terre honora nos fureurs
Ô ses éclats de lampes brèves
Midis
Martelés de nos hâtes

Béatrice Douvre

Le jardin


Arrête-toi au fond de ce jardin
Pour l'air et pour le peu de roses
Arrête-toi, je te rejoins
Tu es plus belle que mon attente
Plus terrible encore quand le temps cesse
Car tu as cessé de vivre dans le temps
Mémoire
Poussant le grillage de fer
Pas à pas sur les terres humides
De la rosée plus que le jour
Je te rejoins
Il n'y a plus personne dans ce jardin
Les quelques pas avaient gravé la terre
C'était mon pas
Ô disparue derrière les ronces.

Yves Klein 2

© Yves Klein

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Blog D'alain Fabre-Catalan

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  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.
  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.

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L'Atelier du poème

◊ Ce qui témoigne que quelque chose s’est écrit, s’apparente ici à la figure irrégulière du poème se donnant à lire sur le glacis du papier ou bien l’écran en son rafraîchissement permanent.

 

◊ C’est la trace d’une présence dès lors évanouie, hormis les mots qui tentent d’en retenir l’empreinte. Son ultime destination n’a d’autre adresse que le saisissement d’un regard dans l’entrelacement des signes.

 

◊ Avec ce degré de considération accordé au grain d’une voix, vous êtes dans l’instant seul à en recueillir l’écho, cette résonnance qui parle à l’oreille du lecteur.

 

 Qui habite la voix patiente de la langue pour en faire son ultime demeure a le privilège de s’affranchir du temps. Telle une parole qui se découvre, jetée sur nos pas hésitants, la clarté seule devrait suffire.

 

◊ Avec ce peu de chose déployé dont le vol ressemble à un passage d’ombres insaisissables, « désaccordée, comme par la neige », résonne et nous atteint « la cloche dont on sonne pour le repas du soir ».

 

◊ La lumière ainsi retrouve son chemin et le simple bruit d’un ruisseau nous dévisage au détour d’un mot, d’une phrase posée là, en attente sur la page.

 

◊ Un instant sauvegardée, cette part du monde qui semblait perdue bruisse sur nos lèvres. Est-ce le fruit de l’air qui parle à notre oreille, ce dévoilement qui donne force vive en écho à des paroles que sépare le temps ?

Éclats De Voix