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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 00:00

« Ma devise est de nager à contre-courant » disait José Angel Valente pour qui la poésie devint un filet à attraper ces éclats de réel qui figurent toujours autre chose que ce qu’on attendait. Poète de la mémoire et des signes, il en poursuivit l’absolu mystère jusqu’à la racine la plus profonde du poétique qui demeura pour lui, une exigence constante de création afin de faire de cette expérience singulière « un mode de connaissance de la réalité » vers laquelle « il n’y a pas d’autre voie d’accès que la connaissance poétique ».


TAPIES L'esprit catalan 1971

 

Le poème ne se mesure pas

à sa longueur, mais à

sa capacité à engendrer,

hors de toute mesure, la durée.

 

Dialogue avec le corps

dans le corps, dans la matière

corporelle (âme-corps) comme totalité.

 

Écrire depuis l'attente,

non à partir du dire,

mais de l'écoute de ce

que les mots vont dire.

 

Oui, l’éclat : le rayon obscur,

l’apparition ou disparition du corps

ou du poème aux bords extrêmes de la lumière.

 

TAPIES-2.jpg

 

Terre de personne

 

La ville devenait

jaunâtre et fatiguée

comme un bœuf triste.

                       Entrait

le brouillard lentement

dans les longs corridors.

 

Petite ville sordide, perdue,

municipale, obscure.

                                Nous ignorions

sur quelle carte jouer

notre vie

pour ne pas revenir toujours

sans rien entre les mains

tels des plongeurs du vide.

 

Des mots inachevés ou d’impossibles

signes.

            Adolescents placés

dans l’ordre révérencieux des familles.

 

Et les morts solennels.

                                    Lundi,

dimanche, lundi.

                          Fleuves

de solitude.

                  Passaient de longs trains

sans destin.

                  Et descendait le brouillard

léchant les terres déboisées

et obscurcissant le froid.

Par les longs corridors je m’étais égaré

dans l’enclos infantile maintenant dénudé,

retranché, emmuré par l’absence.

 

© Antoni Tàpies

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Published by Blog d'Alain Fabre-Catalan - dans Passeurs de rives
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Blog D'alain Fabre-Catalan

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  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.
  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.

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L'Atelier du poème

◊ Ce qui témoigne que quelque chose s’est écrit, s’apparente ici à la figure irrégulière du poème se donnant à lire sur le glacis du papier ou bien l’écran en son rafraîchissement permanent.

 

◊ C’est la trace d’une présence dès lors évanouie, hormis les mots qui tentent d’en retenir l’empreinte. Son ultime destination n’a d’autre adresse que le saisissement d’un regard dans l’entrelacement des signes.

 

◊ Avec ce degré de considération accordé au grain d’une voix, vous êtes dans l’instant seul à en recueillir l’écho, cette résonnance qui parle à l’oreille du lecteur.

 

 Qui habite la voix patiente de la langue pour en faire son ultime demeure a le privilège de s’affranchir du temps. Telle une parole qui se découvre, jetée sur nos pas hésitants, la clarté seule devrait suffire.

 

◊ Avec ce peu de chose déployé dont le vol ressemble à un passage d’ombres insaisissables, « désaccordée, comme par la neige », résonne et nous atteint « la cloche dont on sonne pour le repas du soir ».

 

◊ La lumière ainsi retrouve son chemin et le simple bruit d’un ruisseau nous dévisage au détour d’un mot, d’une phrase posée là, en attente sur la page.

 

◊ Un instant sauvegardée, cette part du monde qui semblait perdue bruisse sur nos lèvres. Est-ce le fruit de l’air qui parle à notre oreille, ce dévoilement qui donne force vive en écho à des paroles que sépare le temps ?

Éclats De Voix