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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 23:47

Exilée dans la tourmente de l’Histoire, Marina Tsvétaïéva a fait de son existence tout entière un manifeste poétique embrassant la rugueuse réalité couchée dans l’ornière du temps, traduction de l’impossible érigé en règle de vie.


Malevitch---snowstorm.jpg

 

Une fleur est accrochée à ma poitrine ;

Qui me l’a accrochée ? — Je ne sais plus.

Ma faim est insatiable

De tristesse, de passion, de mort.


Par le violoncelle, le grincement

Des portes et le tintement des verres,

Et par le cliquetis des éperons

Et le cri des trains de nuit —


Par le coup tiré à la chasse,

Par le grelot des troïkas —

Vous m’appelez, vous m’appelez,

Vous, que je n’aime pas !


Il est pourtant un délice :

J’attends celui qui le premier

Me comprendra enfin

Et tirera à bout portant.

 

© Kasimir Malévitch

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Published by Blog d'Alain Fabre-Catalan - dans Passagères du temps
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Blog D'alain Fabre-Catalan

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  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.
  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.

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L'Atelier du poème

◊ Ce qui témoigne que quelque chose s’est écrit, s’apparente ici à la figure irrégulière du poème se donnant à lire sur le glacis du papier ou bien l’écran en son rafraîchissement permanent.

 

◊ C’est la trace d’une présence dès lors évanouie, hormis les mots qui tentent d’en retenir l’empreinte. Son ultime destination n’a d’autre adresse que le saisissement d’un regard dans l’entrelacement des signes.

 

◊ Avec ce degré de considération accordé au grain d’une voix, vous êtes dans l’instant seul à en recueillir l’écho, cette résonnance qui parle à l’oreille du lecteur.

 

 Qui habite la voix patiente de la langue pour en faire son ultime demeure a le privilège de s’affranchir du temps. Telle une parole qui se découvre, jetée sur nos pas hésitants, la clarté seule devrait suffire.

 

◊ Avec ce peu de chose déployé dont le vol ressemble à un passage d’ombres insaisissables, « désaccordée, comme par la neige », résonne et nous atteint « la cloche dont on sonne pour le repas du soir ».

 

◊ La lumière ainsi retrouve son chemin et le simple bruit d’un ruisseau nous dévisage au détour d’un mot, d’une phrase posée là, en attente sur la page.

 

◊ Un instant sauvegardée, cette part du monde qui semblait perdue bruisse sur nos lèvres. Est-ce le fruit de l’air qui parle à notre oreille, ce dévoilement qui donne force vive en écho à des paroles que sépare le temps ?

Éclats De Voix