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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 16:02

Fidèle au temps de l’éclair, Roberto Juarroz a inauguré une évidence nouvelle, celle d’un périple poétique au long cours qui aura contribué à changer notre rapport à la réalité. De la chute promise aux êtres et aux choses, seul le poème par son pouvoir d’« explosion sous le langage » s’échappe et survit, à jamais dressé dans son vêtement de paroles.


paul-klee-expressioniste-couleur.jpg

 

Il pleut sur la pensée.

 

Et la pensée pleut sur le monde

comme les restes d’un filet décimé

dont les mailles ne parviennent pas à se rejoindre.

 

Il pleut dans la pensée.

 

Et la pensée déborde et pleut dans le monde,

comblant depuis le centre tous les récipients,

jusqu’aux plus grands et plus scellés.

 

Il pleut sous la pensée.

 

Et la pensée pleut sous le monde,

effaçant les soubassements des choses,

pour fonder à nouveau

l’habitation de l’homme et de la vie.

 

Il pleut sans la pensée.

 

Et la pensée

continue de pleuvoir sans le monde,

continue de pleuvoir sans la pluie,

continue de pleuvoir.

 

© Paul Klee 

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Published by Blog d'Alain Fabre-Catalan - dans Passeurs de rives
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commentaires

Promeneuse 16/02/2011 11:25


J'aime cette poésie debout, Juarroz est à part...
Promeneuse


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  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.
  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.

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L'Atelier du poème

◊ Ce qui témoigne que quelque chose s’est écrit, s’apparente ici à la figure irrégulière du poème se donnant à lire sur le glacis du papier ou bien l’écran en son rafraîchissement permanent.

 

◊ C’est la trace d’une présence dès lors évanouie, hormis les mots qui tentent d’en retenir l’empreinte. Son ultime destination n’a d’autre adresse que le saisissement d’un regard dans l’entrelacement des signes.

 

◊ Avec ce degré de considération accordé au grain d’une voix, vous êtes dans l’instant seul à en recueillir l’écho, cette résonnance qui parle à l’oreille du lecteur.

 

 Qui habite la voix patiente de la langue pour en faire son ultime demeure a le privilège de s’affranchir du temps. Telle une parole qui se découvre, jetée sur nos pas hésitants, la clarté seule devrait suffire.

 

◊ Avec ce peu de chose déployé dont le vol ressemble à un passage d’ombres insaisissables, « désaccordée, comme par la neige », résonne et nous atteint « la cloche dont on sonne pour le repas du soir ».

 

◊ La lumière ainsi retrouve son chemin et le simple bruit d’un ruisseau nous dévisage au détour d’un mot, d’une phrase posée là, en attente sur la page.

 

◊ Un instant sauvegardée, cette part du monde qui semblait perdue bruisse sur nos lèvres. Est-ce le fruit de l’air qui parle à notre oreille, ce dévoilement qui donne force vive en écho à des paroles que sépare le temps ?

Éclats De Voix