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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 15:12

Aller à la rencontre de Pierre Reverdy, c’est rejoindre le courant « où rien n’est clair, où tout se mêle » parmi les choses de la réalité, à la recherche de ce « réel désiré qui manque », toujours et encore.


Georges Braque Le Viaduc de l'Estaque 1908

 

L'or du temps


Une main fermée sur le vent. Les cinq doigts plissant la lumièreelle tient la pièce d'or ardente qui l'éclaire.

On cherche le destin au sens de la raison. Le reste est mieux caché aux coins de la maison et dans les replis de la tête, de la bouche qui souriait derrière les barreaux qui gardent la fenêtre.

Chef-d’œuvre vide qui roulait, actif dans l'infini et le temps qui s'arrête.

Un rayon de soleil déchire la nuée  mais l'ombre de l'oubli est déjà toute prête.

 

 

La saveur du réel

Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.
Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir. Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le 
poids qui l’avait fait tomber.


G.-Braque---L-atelier.jpg


Glaçon dans l’air

Dans le chemin
La tête creuse
Quand le matin réveille le dormeur
L’arbre rempli de mots qui s’envolent ou tombent
de fruits mûrs ou d’oiseaux
Quand le brouillard rouge du crépuscule
efface les rayons
la voiture qui glisse
et la lueur du monde qui tremble à l’horizon
C’est un autre rideau qui couvre le paysage
Et la voix des paysans
C’est une autre raison qui tourne visages
vers le dos du passant
C’est cet éclair roulé dans les vagues de l’air
Et dans le ciel les lignes verticales
Le soleil se déploie
Les nuages détalent
Et les étoiles tombent éteintes dans la mer
Le jour s’est déplié comme une nappe blanche
Et l’on ne voit plus rien
L’or descend en poussière sur la ligne des routes
et sur d’autres chemins
Les maisons sont fondues dans la lumière rousse
Et les arbres perdus
Tout flambe jusqu’au soir où une autre heure sonne
Parle plus doucement
Le soir
Quand le vent cesse et repose son ombre
dans la forêt du fond
Alors le feu s’éteint
les choses reparaissent
La maison et son toit
La colline tordue
La haie qui se déroule
Et tout ce qui remue
Derrière le mur la nuit monte dans un autre décor
On ne voit pas les mains qui allument les lampes
ni les plis du terrain
On parle
Une voix court au fil lumineux et s’attarde
accrochée aux buissons
Un bruit trouble le cours de l’eau
Quelqu’un regarde
la fin de la saison
Et plus haut que le vent qui a plié ses voiles
L’abat-jour du couchant
Les ailes du sommeil
Le ciel blanc d’étincelles lancées à pleines mains
Et les arbres couverts de gouttes et d’étoiles
Tout le long du chemin

 

© Georges Braque 

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Published by Blog d'Alain Fabre-Catalan - dans Passeurs de rives
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  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.
  • Alain Fabre-Catalan est poète, traducteur et membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature à Strasbourg. Il a publié en 2013 aux éditions Les Lieux-Dits un ensemble de proses, VERTIGES.

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L'Atelier du poème

◊ Ce qui témoigne que quelque chose s’est écrit, s’apparente ici à la figure irrégulière du poème se donnant à lire sur le glacis du papier ou bien l’écran en son rafraîchissement permanent.

 

◊ C’est la trace d’une présence dès lors évanouie, hormis les mots qui tentent d’en retenir l’empreinte. Son ultime destination n’a d’autre adresse que le saisissement d’un regard dans l’entrelacement des signes.

 

◊ Avec ce degré de considération accordé au grain d’une voix, vous êtes dans l’instant seul à en recueillir l’écho, cette résonnance qui parle à l’oreille du lecteur.

 

 Qui habite la voix patiente de la langue pour en faire son ultime demeure a le privilège de s’affranchir du temps. Telle une parole qui se découvre, jetée sur nos pas hésitants, la clarté seule devrait suffire.

 

◊ Avec ce peu de chose déployé dont le vol ressemble à un passage d’ombres insaisissables, « désaccordée, comme par la neige », résonne et nous atteint « la cloche dont on sonne pour le repas du soir ».

 

◊ La lumière ainsi retrouve son chemin et le simple bruit d’un ruisseau nous dévisage au détour d’un mot, d’une phrase posée là, en attente sur la page.

 

◊ Un instant sauvegardée, cette part du monde qui semblait perdue bruisse sur nos lèvres. Est-ce le fruit de l’air qui parle à notre oreille, ce dévoilement qui donne force vive en écho à des paroles que sépare le temps ?

Éclats De Voix